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Les approches

d'après une recherche de Jacques Piette (Université de Sherbrooke, Canada)

Dans une étude menée pour la Centrale de l’Enseignement du Québec, Jacques Piette, chercheur à l’Université de Sherbrooke, retrace les différentes approches en matière d'éducation aux médias depuis son émergence dans les années 70. L’auteur souligne leur caractère héréroclite et parfois contradictoire. Il énumère 6 “perspectives”. Pour simplifier, ce nombre a été ramené à 4 en procédant à des regroupements. D'autre part, j'ai cherché à dégager les avantages et inconvénients propres à chaque perspective.

1. La perspective des usages Elle vise à faciliter l’appropriation des médias par les jeunes. De nature explicative, elle fonctionne comme un mode d'emploi. Avantage : elle est pragmatique et relativement neutre. Désavantage : elle renforce le rôle d’usager ou de consommateur. Conclusion : elle est utile pour un public ou un Pouvoir Organisateur peu impliqué

2. La perspective critique Partant du point de vue des inégalités sociales, des valeurs implicites ou de certains effets néfastes, cette perspective vise à corriger l'influence négative que les médias exercent sur le public. Avantage : elle apporte un effet correcteur en attirant l'attention sur des phénomènes qui restent largement invisibles. Désavantage : elle développe une vision négative, qui peut être contre-productive si elle est mal employée. Conclusion : elle n'est pas à conseiller comme seule approche mais plutôt en combinaison avec d'autres.

3. La perspective sémiologique Les médias emploient divers langages pour véhiculer leurs messages. Certains médias s'adressent plus à nos émotions, à notre inconscient qu'à notre intellect. Je pense au cinéma de fiction ou à la publicité. Ces langages peuvent être décodés. C'est le rôle de la sémiologie. Avantage : elle amène de la rigueur dans un domaine hautement subjectif. Désavantage : elle nécessite l'acquisition de concepts et méthodes propres à cette science. Conclusion : elle demande un public assez mature et déjà sensibilisé.

4. La perspective pratique Elle appréhende les médias en inculquant les techniques de fabrication des médias. Avantage : les élèves sont actifs et même créatifs. Désavantages : elle exige de l'équipement coûteux et des enseignants formés (ou des intervenants extérieurs) Conclusion : une approche séduisante mais plus difficile à mettre en oeuvre.

Si l'on tient compte de ce qui motive en premier lieu l'éducation aux médias, c'est à dire l'influence des médias voire le formatage de l'opinion, l'approche critique semble la plus adaptée. Et pourtant, elle est à manier avec précaution. En effet, des études scientifiques ont montré que les élèves ne sont pas aussi vulnérables que les adultes le prétendent. Après tout, ils ont grandi dans cet environnement médiatique et démontrent certaines aptitudes que leurs parents pourraient leur envier. Une attitude protectionniste ou paternaliste est donc inapropriée. Il s'agit moins d'édifier que de "porter le questionnement", de mettre en lumière des aspects peu connus mais néanmoins avérés. En définitive, l'Education "nouvelle" aux Médias se propose de faire acquérir aux élèves les compétences nécessaires à l'exercice de leur libre-arbitre. Il peut s'agir d'apporter des connaissances qui font défaut et qui contribue à la compréhension des phénomènes médiatiques étudiés mais il s'agit plus encore de développer l'esprit d'analyse face à une situation complexe, d'aiguiser son sens critique ou encore de développer sa capacité à porter un jugement en accord avec ses convictions [1].




[1] En filigrane, on voit se dessiner ici les différents niveaux de la taxonomie de Bloom.